Du Loup et de l’Agneau. II
Le Loup buvant à la source de la fontaine vit un Agneau loin de soi,
lequel buvait au bas du ruisseau. Il accourut, et tançait aigrement le pauvret
de ce qu’il lui troublait son eau. L’Agneau tremblait, et priait le Loup
qu’il pardonnât au pauvre innocent, lui remontrant qu’en tant qu’il buvait
bien loin au-dessous de lui, il ne pouvait troubler son eau, il n’en avait
point de volonté seulement. Le Loup au contraire lui crie : « Tu pales en
vain, méchant. Tu me fais toujours empêchement. Ton père, ta mère, et toute
ta race me sont ennemis et contraires de toute leur puissance. Tu en seras
aujourd’hui puni. »
Le sens.
Il est dit par un vieil proverbe : Si tu veux battre le chien, facilement
tu trouveras un bâton. Si le riche a volonté de nuire, facilement il trouvera
occasion de nuire. Assez a péché qui n’a pu résister.
Les Fables et la vie d’Esope Phrygien, traduites de nouveau en françois selon la vérité grecque, 1582.