Dédale et Icare
SENEQUE, Oedipus, vv. 892-910.
CHORUS
Fata si liceat mihi
fingere arbitrio meo,
temperem Zephyro levi
vela, ne pressae gravi 885
spiritu antennae tremant:
lenis et modice fluens
aura nec vergens latus
ducat intrepidam ratem;
tuta me media vehat 890
vita decurrens via.
Gnosium regem timens
astra dum demens petit
artibus fisus novis
certat et veras aves 895
vincere ac falsis nimis
imperat pinnis puer,
nomen eripuit freto.
Callidus medium senex
Daedalus librans iter 900
nube sub media stetit
alitem expectans suum
(qualis accipitris minas
fugit et sparsos metu
conligit fetus avis), 905
donec in ponto manus
movit implicitas puer.
[comes audacis viae]
quidquid excessit modum
pendet instabili loco. 910
LE CHOEUR
S’il m’était permis de faire moi-même le plan de ma destinée, je ne laisserais
souffler dans mes voiles qu’un léger Zéphyr, et jamais l’autan furieux ne
briserait les antennes de mon vaisseau. Un vent doux et mesuré m’emporterait
mollement sur les ondes, sans secousse et sans alarmes ; je trouverais une
voie facile et sûre entre les écueils qui bordent les deux routes extrêmes
de la vie. Fuyant la colère du roi de Crète, un jeune imprudent s’élance
dans les airs, à l’aide d’une invention nouvelle ; il veut, avec les fausses
ailes qui le portent, prendre un vol plus fier que celui des oiseaux mêmes
: il tombe, et son malheur donne à la mer qui le reçoit un nom nouveau. Mais
plus prudent, le vieux Dédale règle sagement son vol ; il se tient dans la
moyenne région de l’air, et là, comme la poule qui craint l’épervier pour
ses petits et les rassemble auprès d’elle, il rappelle son fils ailé, jusqu’au
moment où il voit ce compagnon de son hardi voyage tomber dans l’onde et
agiter en vain ses bras chargés d’entraves. Tout ce qui sort des justes bornes
touche à un abîme.
Traduction par E. Greslou, 1834.