Icare
Oui, nous sommes rois de la terre immense,
Notre fief s’étend plus loin que nos yeux ;
Mais le passereau qui franchit les cieux
Dit : « Le roi finit où l’oiseau commence. »
Oui, nos pieds sont pris au sol odieux,
Nous rampons, voués à toute inclémence ;
Mais dans nos cerveaux, divine démence,
S’agite un instinct d’essor glorieux.
C’est par lui qu’Icare, emporté sans trêve,
De plus haut toujours tombe, et se relève,
Sur son dos meurtri la cire en vain fond.
Dans l’acier solide il trempe ses ailes,
Et par un chemin semé d’étincelles
Il fend de nouveau l’inconnu profond !
Joséphin SOULARY (1815-1891), Sonnets, 1872.