TITE-LIVE, Histoire
romaine, Livre XXI, Préface.
De la traduction de Pierre du Ryer, 1659
.
Il m’est permis de dire au commencement
de cette partie de mon ouvrage, ce que la plupart des Historiens promettent
au commencement de leurs Histoires ; que je vais écrire la plus grande et
la plus mémorable de toutes les guerres, c’est celle que les Carthaginois
entreprirent contre les Romains sous la conduite d’Annibal. En effet on ne
vit jamais de plus riches et de plus puissants Peuples prendre les armes
l’un contre l’autre ; et jamais ils ne firent voir plus de forces ni plus
de courage. Ils ne se faisaient pas la guerre par des artifices et par des
secrets inconnus ; mais ils apportaient l’un contre l’autre et des ruses,
et des armes dont ils avaient fait expérience dans la première guerre Punique.
La Fortune y fut si diverse, et les batailles si douteuses que même les victorieux
furent les plus proches de leur perte. On y combattit aussi avec plus de
haine presque que de force ; car les Romains étaient irrités que de gaieté
de cœur les vaincus eussent pris les armes contre les vainqueurs, et les
Carthaginois estimaient que les Romains les avaient traités avec trop d’orgueil
et d’avarice.
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