TITE-LIVE, Histoire romaine,
Livre I,
Les Horaces et les Curiaces.
FLORUS, Epitomé de l’Histoire romaine, Livre I.
Traduction de Nicolas Coëffeteau, 1621.
Chapitre III.
Numa Pompilius eut pour successeur Tullus Hostilius,
à qui les Romains donnèrent franchement leur Royaume pour honorer sa vertu.
C’est lui qui le premier a fait fleurir la discipline militaire, et qui le
premier a enseigné l’art et la manière de combattre avec dextérité et adresse.
Ayant donc formé la Jeunesse à ces sortes d’exercices, il osa bien déclarer
la guerre au peuple d’Albe qui avait longtemps tenu le premier rang entre
tous les peuples d’Italie, et qui d’ailleurs traversait alors le repos de
son pays ; mais leurs forces se trouvant égales, il y avait danger que finalement
les rencontres continuelles ne ruinassent les partis. C’est pourquoi afin
d’abréger la guerre, ils choisirent de chaque côté trois frères jumeaux :
les Romains, trois Horaces, et les Albains, trois Curiaces, la valeur desquels
ils prirent pour arbitre de la destinée et du sort de l’un et de l’autre
Peuple. Ce combat fut douteux ; mais le spectacle en fut beau, et l’événement
admirable : car les trois frères Albains étant blessés, et des trois Romains
les deux ayant été tués, celui qui restait des Horaces, joignant la ruse
avec la valeur, pour distraire et séparer ses ennemis, fait mine de s’enfuir.
Comme ils le poursuivent de tout leur pouvoir, à mesure qu’ils se présentent,
il tourne visage, les combat, et les défait l’un après l’autre. De cette
sorte (chose rare !) la valeur d’un seul homme acquit à toute la Nation une
glorieuse victoire. Mais il la souilla bientôt par un parricide. Retournant
victorieux, il aperçut sa soeur qui, le voyant chargé des dépouilles d’un
des ennemis auquel elle avait été promise en mariage, s’était mise à pleurer
amèrement. De quoi se sentant offensé, et se figurant qu’elle faisait paraître
ce témoignage d’amour hors de saison, il s’en vengea avec son épée qu’il
passa au travers de la misérable fille. Les Lois voulaient que cette cruauté
fut châtiée ; mais la valeur sauva le parricide, et le crime fut jugé de
beaucoup moindre que la gloire de celui qui l’avait commis.
Au reste les Albains ne furent guère longtemps
sans violer leur foi : car étant obligés par le traité de secourir les Romains
aux occasions qui s’en présenteraient, ceux qu’ils envoyèrent à la guerre
contre les Fidénates pour les assister, l’heure du combat étant venue, allèrent
se mettre entre les deux armées, afin de voir à qui la Fortune se montrerait
favorable. Mais le Roi bien avisé, voyant que ses alliés se rangeaient du
côté des ennemis, au lieu de perdre courage, se servit de leur trahison pour
emporter la victoire, feignant que c’était lui qui leur avait ainsi commandé.
Par ce moyen, il emplit les nôtres d’espérances, et jeta la frayeur dans
le coeur des ennemis. Ainsi la perfidie des traîtres demeura sans succès.
Ayant remporté la victoire, il fit prendre Métius Sufétius, violateur du
traité, et commanda qu’on l’attachât entre deux chariots, et le fit tirer
par deux puissants chevaux qui le démembrèrent et le mirent en pièces aux
yeux de l’armée. Après cela, il ruina la ville d’Albe, la traitant, non comme
une mère, mais comme concurrente de Rome ; toutefois, auparavant que de la
désoler, il fit conduire tout son peuple, et transporter toutes ses richesses
dans Rome : sans doute afin qu’il ne semblât pas qu’une ville qui avait une
si étroite consanguinité avec les Romains fût périe ; mais plutôt qu’on crût
qu’elle s’était réunie avec Rome, pour ne faire plus à l’avenir qu’un même
corps avec elle.
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