Commentaire par Denis DIDEROT
(1713 1784) dans le Salon de 1763
du Pygmalion et Galathée, groupe sculpté par Etienne FALCONET
(1716 1791)
La nature et les grâces ont disposé de l’attitude de la statue.
Ses bras tombent mollement à ses côtés ; ses yeux viennent de
s’entrouvrir ; sa tête est un peu inclinée vers la terre ou plutôt
vers Pygmalion qui est à ses pieds ; la vie se décèle en elle
par un souris léger qui effleure sa lèvre supérieure. Quelle innocence
elle a ! Elle est à sa première pensée : son cœur commence
à s’émouvoir, mais il ne tardera pas à lui palpiter. Quelles mains !
Quelle mollesse de chair ! Non, ce n’est pas du marbre ;
appuyez votre doigt, et la matière qui a perdu sa dureté cèdera à
votre impression. Combien de vérités sur ces côtes ! Quels pieds !
Qu’ils sont doux et délicats !
Un petit Amour a saisi une des mains de la statue qu’il ne baise pas,
qu’il dévore. Quelle vivacité ! Quelle ardeur !
Combien de malices dans la tête de cet Amour ! Petit perfide,
je te reconnais ; puissé-je pour mon bonheur ne te plus rencontrer.
Un genou en terre, l’autre levé, Pygmalion est devant son ouvrage
et le regarde ; il cherche dans les yeux de sa statue la confirmation
du prodige que les dieux lui ont promis. O le beau visage que le sien !
O Falconet ! Comment as-tu fait pour mettre dans un morceau de
pierre blanche la surprise, la joie et l’amour fondus ensemble ?
Emule des dieux, s’ils ont animé la statue, tu en as renouvelé le
miracle en animant le statuaire. Viens que je t’embrasse ; mais
crains que, coupable du crime de Prométhée, un vautour ne t’attende
aussi. |