Pullus asininus in virente pratulo
Lasciviebat, exsiliebat, gramina
Floresque pedibus ludibundis proterens:
Nitebat; et tenelli speciem corporis
Lepidam, venustamque adjuvabat alacritas
Festiva, comitata ipsa lusibus et jocis.
Asella, mater credula, hunc talem videns,
Gestit, triumphat; spesque mirificas habet,
Fore, singularem ut consecutus gloriam,
Emineat olim proprium supra genus.
Interea crescit; et aliquot post mensibus
Amisit omnem non modo pulchritudinem,
Sed omnem etiam festivitatem pristinam,
Asinusque demum evasit inamoenus (1), piger
Stolidusque, bardusque, et Asino similis patri.
Fabella matres, pupulorum dotibus
Lepidis suorum ne nimis credant, monet.
François-Joseph DESBILLONS (1711-1789).
Traduction de l'auteur:
FABLE
L'Anesse et son Anon.
Un petit Anon courait, sautait, folâtrait sur la verdure, et foulait
d'un pied léger le gazon et les fleurs. Il était joli; et les agréments de
sa figure toute mignonne étaient encore relevés par sa gaieté, par sa vivacité,
par la légèreté de ses amusements. Sa bonne Anesse de mère, trop prévenue
en faveur de son petit Anon, triomphe de joie de le voir si accompli, et
se repaît des plus belles espérances, ne doutant point qu'un mérite singulier
ne l'élève un jour au-dessus de tous ceux de son espèce. Cependant l'Anon
grandit; et quelques mois se sont à peine écoulés qu'il a déjà perdu tous
ses agréments, et toute sa gaieté: il devient Ane enfin, et très Ane, très
paresseux, très désagréable, très grossier, très stupide, très semblable
à l'Ane son père.
Cette fable avertit les Mères de ne pas trop compter sur les jolies qualités
qu'elles voient paraître dans leurs petits enfants.
(1)
var. horridus.