OVIDE, Amours, III, 8, vv. 35-56.
Il en était bien autrement lorsque le vieux Saturne
occupait le trône des cieux. Tous les métaux étaient ensevelis à de grandes
profondeurs dans le sein de la terre ; l’airain comme l'argent, et l'or ainsi
que le fer touchaient à l'empire des mânes ; il n'y avait point de trésors,
mais ceux de la terre étaient plus précieux. De riches moissons sans culture,
des fruits en abondance, et un miel savoureux déposé dans le creux des chênes.
Alors, le laboureur ne déchirait point avec sa charrue le sein de la terre
; l’arpenteur ne lui assignait aucune limite. La rame, encore ignorée, ne
tourmentait point une mer remuée jusque dans ses abîmes, et son rivage était
pour les mortels les bornes infranchissables du monde.
Mortels, c'est contre vous-mêmes que vous
avez été industrieux ; et vous avez trouvé, dans votre génie, une source
de maux sans nombre. Homme, qu'as-tu gagné à entourer les villes de murailles
et de tours ; qu'as-tu gagné à armer l'une contre l'autre des mains ennemies
? Qu'avais-tu à démêler avec la mer ? La terre aurait pu te suffire. Pourquoi
ne pas envahir le ciel, comme un troisième royaume ? Que dis-je ? tu aspires
aussi à l'empire du ciel. Quirinus, Bacchus, Hercule, et César après eux
ont des temples.
Au lieu de fruits, nous arrachons à la terre
des mines d'or. Le soldat possède des richesses acquises au prix de son sang.
Les palais sont fermés au pauvre ; la fortune donne les honneurs ; c'est
elle qui rend le juge si imposant, et le chevalier si fier.
Traduction sous la direction de M. Nisard, 1838.