VIRGILE, Bucolique IV, vv. 37-45, quinze traductions.
Texte
Hinc, ubi jam firmata virum te fecerit aetas,
Cedet et ipse mari vector, nec nautica pinus
Mutabit merces; omnis feret omnia tellus.
Non rastros patietur humus, non vinea falcem ; 40
Robustus quoque jam tauris juga solvet arator;
Nec varios discet mentiri lana colores,
Ipse sed in pratis aries jam suave rubenti
Murice, jam croceo mutabit vellera luto ;
Sponte sua sandyx pascentes vestiet agnos. 45
Traductions
Robert et Antoine le Chevalier d’Agneaux frères, de Vire en Normandie, Les Œuvres de Virgile Maron, traduites de latin en français, 1582.
Et puis quand l’âge ferme homme accompli t’aura,
Le navigant la mer lui-même quittera, 50
Et de la marchandise en région étrange
Le creux pin nautonier n’ira plus faire échange :
Toutes choses partout la terre portera.
Et jà plus du râteau le champ n’endurera,
Sur la vigne non plus la serpe n’aura prise, 55
Le laboureur mettra ses taureaux en franchise .
La laine n’apprendra à mentir teints divers,
Mais de soi le bélier changera ès prés verts
Sa toison ou en pourpre ou en jaune teinture,
Et aux agneaux paissant l’écarlate en vêture 60
De soi se donnera.
Michel de Marolles, Abbé de Villeloin, Les Oeuvres de Virgile traduites en prose, 1649.
Puis quand un âge plus robuste t’aura mis en l’état
d’un homme parfait, ni le pilote trafiquant ne se mettra plus sur mer, ni
le pin navigateur ne portera plus de marchandises à changer en des pays éloignés.
Toute terre portera toutes choses : le champ ne souffrira plus le râteau,
les bras de la vigne ne seront plus coupés par la serpe, le robuste laboureur
déliera le joug à ses taureaux, et la laine n’apprendra plus à se farder
par des couleurs empruntées, mais le mouton, dans les prairies, changera
sa toison, tantôt en pourpre vermeille, et tantôt en jaune de safran, et
l’écarlate d’elle-même se donnera pour vêtement aux agneaux paissant.
Traducteur anonyme, in Les Bucoliques de Virgile, traduites en vers français, 1806.
Mais sitôt, noble enfant, que la force de l’âge
Vous aura du nom d’homme inspiré le courage,
L’océan sera libre, et les peuples rivaux
N’iront plus loin du port trafiquer sur les eaux :
Tout doit naître en tous lieux ; égale en ses largesses, 55
La terre épanchera d’uniformes richesses ;
La vigne, les sillons ne supporteront plus
Du fer et des râteaux les efforts superflus ;
Nos bouviers satisfaits ouvriront la prairie
Aux taureaux orgueilleux de leur corne affranchie ; 60
La toison n’osera, par un luxe usurpé,
Sous de fausses couleurs mentir à l’œil trompé ;
Et la douce brebis, la chèvre pétulante,
Brilleront dans les prés d’une pourpre opulente.
Traduction d’Auguste Nisard (Collection D. Nisard), 1850.
Mais sitôt que les ans auront mûri ta vigueur, le nautonier lui-même
abandonnera la mer, et le pin navigateur n'ira plus échanger les richesses
des climats divers : toute terre produira tout. Le champ ne souffrira plus
le soc, ni la vigne la faux, et le robuste laboureur affranchira ses taureaux
du joug. La laine n'apprendra plus à feindre des couleurs empruntées ; mais
le bélier lui-même, paissant dans la prairie, teindra sa blanche toison des
suaves couleurs de la pourpre ou du safran; et les agneaux, tout en broutant
l'herbe, se revêtiront d'une vive et naturelle écarlate.
Th. Cabaret-Dupaty, in Oeuvres complètes de Virgile, 1878.
Mais, quand tu seras enfin parvenu à l'âge mûr, le nautonier abandonnera
les flots, et les navires n'échangeront plus leurs richesses. Toute terre
produira tout. Le champ ne souffrira plus la herse, ni la vigne le tranchant
de la serpe, et le robuste laboureur affranchira du joug ses taureaux. La
laine n'apprendra plus à se teindre de diverses couleurs. Le bélier, au milieu
des pâturages, étalera sur sa toison tantôt la pourpre éclatante, tantôt
le safran doré, et le vermillon deviendra la parure naturelle de l'agneau
paissant dans la prairie.
Jérôme Carcopino, in Virgile et le mystère de la IVe Églogue, Paris 1930, édition revue et augmentée 1943.
Ensuite, quand l’affermissement de l’âge aura fait de toi un homme,
le nautonier, de lui-même, renoncera à la mer, et le pin ne servira plus
de nef pour l’échange des denrées. Toute terre produira tout d’elle-même.
La glèbe ne souffrira plus les hoyaux, ni la vigne la serpe ; à son tour,
le robuste laboureur ôtera leurs jougs aux taureaux ; la laine n’apprendra
plus le mensonge des teintures variées ; mais, de lui-même, alors, dans la
prairie, le bélier muera sa toison en la pourpre adoucie du murex, alors
il lui donnera l’éclat doré de la gaude et du safran ; spontanément, le sandyx
vêtira les agneaux à la pâture.
H. Jeanmaire, in Le Messianisme de Virgile, Librairie philosophique Vrin, 1930.
Et puis, quand la force venue avec l’âge vous aura fait homme,
l’armateur abandonnera librement la lutte avec la mer et le pin ballotté
sur les flots ne sera plus l’instrument de l’échange des marchandises. Tout
croîtra partout. La glèbe sera affranchie du supplice de la herse, la vigne
des blessures de la serpe. Le robuste laboureur libèrera du joug son attelage.
La laine n’apprendra plus à se déguiser du mensonge des couleurs variées.
Spontanément, le bélier dans le pré, empruntera une toison de pourpre du
plus bel écarlate ou l’éclat du safran ; spontanément l’incarnat du sandyx
habillera les agneaux au pâturage.
Maurice Rat, 1932.
Lorsque ensuite, fortifié par les années, tu entreras dans l'âge
viril, le navigateur lui-même renoncera à la mer ; les pins d'où l'on tire
les vaisseaux ne feront plus l'échange des marchandises : toute terre produira
toutes choses . Les champs ne sentiront plus la herse, ni la vigne la serpe
; dès lors le robuste laboureur délivrera ses taureaux du joug ; la laine
n'apprendra plus à se déguiser sous diverses couleurs ; mais, dans les prés,
le bélier changera lui-même sa toison, tantôt en un pourpre d'un rouge suave,
tantôt en un jaune de safran ; et le vermillon revêtira naturellement les
agneaux en train de paître.
Eugène de Saint-Denis, Virgile, Bucoliques, 1942.
Ensuite, quand l'âge dès lors affermi aura fait de toi un homme,
le voyageur, de lui-même, renoncera à la mer, et le pin flottant ne fera
plus l'échange des marchandises: toute terre produira tout. La glèbe ne subira
plus les hoyaux, ni la vigne la serpe ; de même, le robuste laboureur déliera
leurs jougs aux taureaux; la laine n'apprendra plus le mensonge des teintures
multicolores, mais, de lui-même, alors, dans les prés, le bélier prendra
sur sa toison la couleur délicatement pourpre du murex, ou jaune de la gaude
; spontanément, les agneaux à la pâture se revêtiront d'écarlate.
André Bellessort, Virgile, son oeuvre et son temps, Librairie Académique, Perrin, 1943.
Mais quand l’âge viril t’aura grandi, le pin
Ne fera plus sur mer l’échange et le commerce ;
Et les flots seront même oubliés du marin.
La terre produira tout, partout. Plus de herse
Ni de serpe à la vigne et dans les champs herbeux,
Le rude laboureur détellera ses boeufs.
La laine n’aura plus de couleur fausse à prendre. 50
D’eux-mêmes, dans les prés, les béliers au poil blanc
Se teindront de safran ou d’une pourpre tendre ;
L’agneau se vêtira d’écarlate en paissant.
Paul Valéry, Gallimard, 1955.
Mais sitôt que de toi l’âge aura fait un homme,
Le marin quittera la mer, et tout commerce
Sur l’onde cessera ; tout sol produira tout.
Terre et vigne oublieront et la herse et la serpe ; 40
Du joug, le laboureur déchargera ses boeufs.
La laine reniera le mensonge des teintes ;
Mais de pourpre éclatante ou d’une toison d’or
Le bélier dans les prés se teindra de soi-même.
Et vermeil se fera le poil des blancs agneaux.
Marcel Pagnol, Editions Grasset, 1958.
Mais déjà tu parviens à la saison virile.
L’inutile marin, sur la vague stérile
Ne porte plus les fruits d’un travail épuisant...
Tout climat produit tout. L’herbe est luisante et drue...
Plus de serpe à la vigne, aux champs plus de charrue 65
Et du front des grands boeufs tombe le joug pesant.
De trompeuses couleurs n’imprègnent plus la laine
Le bondissant bélier des verdoyantes plaines
Nous garde une toison qui ne mentira pas.
Il est vêtu de pourpre, ou de safran d’Espagne. 70
Coloré d’écarlate, un agneau l’accompagne
Et broute le sandyx qui saigne sous ses pas...
Jean-Paul Brisson, in Rome et l'âge d'or, éditions la découverte, 1992
Puis, quand l'âge adulte aura fait de toi un homme,
le voyageur renoncera de lui-même à la mer et la coque de pin n'échangera
plus de marchandises: toute la terre produira toutes choses. Le sol ne souffrira
plus les herses, ni la vigne la serpe; le robuste laboureur déliera les taureaux
du joug; la laine n'apprendra plus l'artifice des couleurs chatoyantes: mais
de lui-même, dans les prés, le bélier échangera sa toison contre une pourpre
au doux éclat, contre un jaune safrané; spontanément, le vermillon vêtira
les agneaux à la pâture.
Marcel Desportes, Editions Klicksieck, 1993.
Au fort de l'âge cependant homme fait lorsque Tu seras,
Marchand même lairra la mer: le pin ne sera plus la nef,
Ni l'échange, ni le trafic! partout de tout dorra Tellus.
Nul clos ne sentira la houe; aucune vigne, nulle serpe ; 40
Athlète alors le laboureur de joug déliera les taureaux ;
Plus n'apprendra la toison même à mentir toutes les couleurs
Rien qu'en ses prés fera bélier contre rouge-tendre murex,
Contre gaude jaune-safran tour à tour troc, lui, de sa laine,
Et rien qu'à paître, de sandyx Nature vêtira l'agnel. 45
Jean-Pierre Chausserie-Laprée, Édition Orphée/La Différence, 1993.
Puis venu l’âge fort, quand l’homme en toi naîtra,
Nul pin sur l’eau n’ira faire au loin son commerce ;
On quittera les mers ; tout pousse en toute terre ;
Vigne ignorant la serpe et sol vierge de herse ; 40
Le rude laboureur ôte aux taureaux le joug ;
La laine aux cent couleurs cessera ses mensonges,
Mais, aux prés, le bélier teindra seul sa toison
Du jaune de la gaude ou d’éclatante pourpre,
Et, surpris, le sandyx revêt l’agneau qui paît. 45
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