VIRGILE, Bucolique IV, vv. 18-30, dix-sept traductions.

Aetas aurea

  Texte

At tibi prima, puer, nullo munuscula cultu
Errantes hederas passim cum baccare tellus
Mixtaque ridenti colocasia fundet acantho.             20
Ipsae lacte domum referent distenta capellae
Ubera, nec magnos metuent armenta leones;
Ipsa tibi blandos fundent cunabula flores.
Occidet et serpens, et fallax herba veneni
Occidet; Assyrium vulgo nascetur amomum.          25
At simul heroum laudes et facta parentis
Jam legere et quae sit poteris cognoscere virtus,
Molli paulatim flavescet campus arista,
Incultisque rubens pendebit sentibus uva
Et durae quercus sudabunt roscida mella.                30


Traductions

Robert et Antoine le Chevalier d’Agneaux frères, de Vire en Normandie, Les Œuvres de Virgile Maron, traduites de latin en français, 1582.

    Enfant, de gré  la terre ira te desserrant                        25
Ses petits dons premiers, partout lierre errant,
Et partout le Baccar, et mêlera voisine
La fève Egyptienne aux fleurs de branc-ursine .
Les chèvres pleins tétins au gîte reviendront,
Et les troupeaux de bœufs les lions ne craindront,        30
Le bers  t’épanchera des fleurs à grand largesse.
Le noir serpent mourra, et l’herbe tromperesse
Qui porte le venin ; l’amome Assyrien
Croîtra communément. Déjà pourras-tu bien
Lire des preux  Héros les louanges plus belles,              35
Et connaître les faits et vertus paternelles.
Le champ de moult  épis peu à peu blondira,
Le sauvage buisson pendante produira
La grappe rougissante, et la crépeuse mousse
Des chênes durs suera le miel en couleur rousse.        40

Michel de Marolles, Abbé de Villeloin, Les Oeuvres de Virgile traduites en prose, 1649.

    Cependant, petit mignon, la terre sans être cultivée ne manquera point de t’offrir ses premiers présents : ses lierres qui rampent en tous lieux, son verdoyant Baccar, et la fève Egyptienne mêlée avec l’Acanthe riant. Les chèvres reviendront à la maison, leurs tettes plaines de lait, et les troupeaux champêtres ne seront point effrayés des lions. Les fleurs s’épandront autour de ton berceau, le serpent mourra en ta présence, et les herbes qui cachent le venin périront pour faire place à l’Amome d’Assyrie qui croîtra partout communément. Bientôt après tu liras les louanges des Héros, et les actions célèbres de ton père, et tu pourras connaître ce qu’est la vertu. Le champ jaunit peu à peu sous le tendre épi, le raisin rougissant s’attache aux buissons sauvages, et les chênes durs poussent comme une sueur la rosée du miel.

Traducteur anonyme, in Les Bucoliques de Virgile, traduites en vers français, 1806.

Regarde, aimable enfant, regarde la parure
Dont la terre pour toi s’embellit sans culture ;
Vois parmi les lions se jouer les agneaux,                        25
Du reptile expirant se roidir les anneaux,
La brebis nous offrir sa mamelle abondante,
Et le lierre au baccar s’unir avec l’acanthe ;
L’hiver même au printemps a ravi ses couleurs :
Ton magique berceau te prodigue des fleurs ;                30
L’aconit meurt penché sur sa tige flétrie,
Et partout va germer l’amome d’Assyrie.
    Mais alors que d’un père et de ses grands aïeux
Les hauts faits et l’histoire étonneront vos yeux,
Que de vos saints devoirs vous saurez l’étendue,        35
La vendange aux buissons rougira suspendue ;
Comme elle, sans secours les fertiles sillons
Etaleront aux yeux l’or mouvant des moissons ;
Et le chêne, à travers son écorce endurcie,
Laissera d’un miel pur s’échapper l’ambroisie ;            40

Victor Hugo, adolescent.

Pour toi, les champs parés de leurs dons différents,
Bel enfant, produiront le lierre aux bras errants,
Et l'acanthe mêlée à la colocasie,
Et l'amome odorant qui parfume l'Asie.
Enflé d'un noir poison l'affreux dragon périt
Des arbres vénéneux la sève se tarit.
La chèvre chaque jour d'un doux poids accablée
Rapporte d'un lait pur sa mamelle gonflée.
Auprès du fier lion bondit le faible agneau,
Flore même pour toi tresse un riant berceau.

Dès que ton jeune cœur enfin pourra connaître
Les hauts faits des héros dont le ciel t'a fait naître
Dès que tu suivras de la vertu les leçons
La vigne aux fruits pourprés dorera les buissons
Les épis jaunissants flotteront dans les plaines
Et le miel coulera de l'écorce des chênes.

Traduction d’Auguste Nisard (Collection D. Nisard), 1850.

    Pour toi, aimable enfant, la terre la première, féconde sans culture, prodiguera ses dons charmants, çà et là le lierre errant, le baccar et le colocase mêlé aux riantes touffes d'acanthe. Les chèvres retourneront d'elles-mêmes au bercail. les mamelles gonflées de lait ; et les troupeaux ne craindront plus les redoutables lions ; les fleurs vont éclore d'elles-mêmes autour de ton berceau ; le serpent va mourir ; plus d'herbe envenimée qui trompe la main ; partout naîtra l'amome d'Assyrie. Mais aussitôt que tu pourras lire les annales glorieuses des héros et les hauts faits de ton père, et savoir ce que c'est que la vraie vertu, on verra peu à peu les tendres épis jaunir la plaine, le raisin vermeil pendre aux ronces incultes et, jet de la dure écorce des chênes, le miel dégoutter en suave rosée.

Th. Cabaret-Dupaty, in Oeuvres complètes de Virgile, 1878.

    Divin enfant, la terre, féconde sans culture, t'offrira pour prémices le lierre entrelacé au baccar, et la colocase unie à la gracieuse acanthe. Les chèvres retourneront d'elles-mêmes au bercail, les mamelles gonflées de lait, et les troupeaux ne craindront plus les terribles lions. Les plus belles fleurs s'épanouiront d'elles-mêmes autour de ton berceau. Désormais plus de serpents, plus de plantes vénéneuses; partout naîtront les parfums d'Assyrie.
Dès que tu pourras lire les exploits des héros et les hauts faits de ton père, dès que tu pourras sentir le prix de la vertu, tu verras les champs se couvrir peu à peu d'épis dorés, les raisins vermeils pendre aux incultes buissons, et les vieux chênes distiller un miel pur.

Jérôme Carcopino, in Virgile et le mystère de la IVe Églogue, Paris 1930, édition revue et augmentée 1943.

    Mais, pour commencer, enfant, la terre, sans nul besoin de culture, te prodiguera ses menus présents : les lierres errant çà et là, avec le baccar et la colocasie unie aux sourires de l’acanthe. D’elles-mêmes, les chèvres apporteront à la maison leurs mamelles gonflées de lait et les troupeaux de bœufs ne redouteront pas les grands lions. De lui-même, ton berceau répandra pour toi une floraison charmante. En même temps, périra le serpent, et l’herbe aux insidieux poisons périra : partout poussera l’amome assyrien.
Puis, dès que tu sera capable de lire la geste des héros et les exploits de tes aïeux, et de savoir ce qu’est la valeur, la nudité des plaines, peu à peu, blondira d’épis sans piquants ; aux sauvages buissons pendront les grappes vermeilles et le dur bois des chênes distillera la rosée du miel.

H. Jeanmaire, in Le Messianisme de Virgile, Librairie philosophique Vrin, 1930.

    Ah ! pour vous, petit enfant, comme premier cadeau, la terre, sans qu’on l’y force, prodiguera les lierres vagabonds parmi le baccar, et la colocasie unie à la riante acanthe. Sans contrainte les chèvres viendront offrir au bercail leurs mamelles gonflées, et le bétail ne craindra plus les lions monstrueux. Pour vous, de lui-même, votre berceau prodiguera l’enchantement des fleurs. Mort le serpent ! Morte la plante perfide qui distille le poison. Le cardamome oriental croîtra comme plante vulgaire.
    Ah ! cependant que vous pourrez apprendre dans les livres la gloire des héros et les exploits de vos parents, savoir ce qu’est la valeur, l’épi ondoyant étendra insensiblement son or sur les plaines ; la grappe vermeille se suspendra aux ronces des chemins et les chênes rugueux laisseront perler goutte à goutte le miel.
   
Maurice Rat, 1932.

    Enfant, la terre, féconde sans culture, t'offrira d'abord comme présents le lierre rampant avec le baccar, et les colocases mêlées à la riante acanthe ; d'elles-mêmes les chèvres rapporteront à la maison leurs mamelles pleines de lait ; les troupeaux ne craindront point le lion superbe ; ton berceau même se couvrira de fleurs caressantes. Désormais point de serpents, point de plantes au poison perfide : l'amome d'Assyrie croîtra en tous lieux. Mais déjà quand tu pourras lire les hauts faits des héros et les exploits de ton père, et savoir ce qu'est la vertu, peu à peu les champs blondiront de moissons ondoyantes, la grappe vermeille se suspendra aux buissons incultes et les chênes durs laisseront perler une rosée de miel.

Eugène de Saint-Denis, in Virgile, Bucoliques, 1942.

    Cependant, comme premiers cadeaux, enfant, la terre, sans culture, te prodiguera les lierres exubérants ainsi que le baccar, et les colocasies mariées à l'acanthe riante. Spontanément, les chèvres ramèneront au logis leurs mamelles gonflées de lait, et les troupeaux ne redouteront pas les grands lions; spontanément, ton berceau foisonnera d'une séduisante floraison. Périra le serpent, et la perfide plante vénéneuse périra; partout poussera l'amome assyrien.
Cependant, dès que tu seras capable de lire les exploits des héros, les hauts faits de ton père, et d'apprendre ce qu'est la valeur, la plaine nue blondira peu à peu sous l'épi ondoyant, la grappe vermeille pendra aux ronces sauvages, et le bois dur des chênes distillera la rosée du miel.

André Bellessort, in Virgile, son oeuvre et son temps, Librairie Académique, Perrin, 1943.

Et d’abord, cher enfant, la terre inasservie
Aura de jolis dons pour toi : le lierre épars
    Qui s’entrelace aux odorants baccars,
Et la colocasie à l’acanthe mêlée.
Les chèvres reviendront la mamelle gonflée.
Les troupeaux parmi les lions iront sans peur.
Les parfums s’épandront de ta couche fleurie.
Le serpent sera mort ; l’herbe au venin trompeur        30
Morte ; et partout naîtront les parfums d’Assyrie.

Mais quand tu connaîtras, à l’âge où l’enfant lit,
Les héros, les hauts faits que ton père accomplit
Et ce qu’est la vertu, nous verrons sur les plaines
S’étendre peu à peu l’or souple des moissons ;
Le raisin suspendra ses rubis aux buissons ;
Le miel scintillera sur la feuille des chênes.

Paul Valéry, Gallimard, 1955.

Bientôt la terre, enfant, prodiguera pour toi
Lierre capricieux, menus dons spontanés,
Colocase mêlée à la folâtre acanthe.                                20
La chèvre rentrera, les mamelles trop pleines;
Le bétail n'aura plus à craindre les lions :
Et ton berceau de fleurs charmantes s'ornera.
Le serpent périra; les plantes vénéneuses
Périront; et partout croîtront les aromates.                25

Tandis que t'enseignant les hauts faits de tes pères
Les livres t'instruiront de ce qu'est la valeur,
Toute blonde de blés se fera la campagne
Et la grappe aux buissons pendra des fruits vermeils ;
Du chêne le plus dur un doux miel suintera.                    30

Marcel Pagnol, Editions Grasset, 1958.

Pour orner de présents ce règne qui commence
La terre fournira, sans effort ni semence,
Une nappe de fleurs autour de tes berceaux,
Le baccar, à l’odeur de miel et d’ambroisie,
Le lierre vagabond, et la colocasie,                            35
Et la rieuse acanthe aux graciles arceaux …

La chèvre d’elle-même apporte aux bergeries
Son pis gonflé de lait. Au bétail des prairies
Le lion dévorant offre son amitié…
Le serpent va mourir, et l’herbe vénéneuse            40
Est morte. Au lieu d’ortie et de ronce épineuse,
L’amome assyrien pousse au bord du sentier.

Mais dès que tu liras les leçons de l’histoire,
Les héros et ton père, et leur longue victoire,
Et que de la vertu tu sauras la valeur,                        45
Alors, le blé doré sur la plaine moutonne,
Le doux raisin mûrit sur les buissons d’automne
Et le chêne de fer distille un miel de fleurs…

Jacques Perret, Virgile, Seuil, 1959.

Pour toi, petit enfant, la terre sans effort
Epandra ses présents, le lierre vagabond,
L’acanthe et le baccar et la colocasie;                            20
Docile, la chevrette offre son pis gonflé
Et les troupeaux ne craignent plus les grands lions;
En corbeille de fleurs s’anime ton berceau.
Le serpent va périr et l’herbe vénéneuse
Sèche; partout naîtra l’amome assyrien.                        25
Mais lorsque tu pourras connaître la valeur
Et les héros, lire la geste de ton père,
La houle des épis fera blondir la plaine,
La grappe rouge éclairera la ronce inculte,
Le miel scintillera sur l’écorce des chênes.                    30

Jean-Paul Brisson, in Rome et l'âge d'or, éditions la découverte, 1992

    « Or, pour toi, petit enfant, sans que personne en ait soin, la terre tout d'abord prodiguera de charmants présents, le lierre capricieusement vagabond avec le nard et la colocase mêlée au sourire de l'acanthe. D'elles-mêmes, les chèvres rapporteront à la maison leurs mamelles gonflées de lait et le bétail ne redoutera pas les lions puissants. De lui-même, ton berceau te prodiguera de douces fleurs. Disparaîtra aussi le serpent et le piège de la plante vénéneuse disparaîtra; partout, poussera l'amome assyrien.
    « Mais dès que tu pourras lire l'éloge des héros et les exploits de ton père, que tu pourras apprendre ce qu'est la valeur, la plaine blondira peu à peu du souple mouvement des épis, la grappe rougeoyante pendra aux buissons incultes, le dur bois des chênes se couvrira d'une rosée de miel.

Marcel Desportes, Editions Klicksieck, 1993.

Or, Mignon, pour Te bienvenir menus dons de soi T’offrira
Tellus : aventureux lierre à l'orvale s'entremêlant
Et de colocase mêlé, le rire à foison de l'acanthe.                                    20
De lait d'elle-même au logis rapportera la pauvre chèvre
Un pis trop plein, et point l'armail de grands lions n'aura de peur.
Tout seul Ton berc Te bercera d'une exquise foison de fleurs.
Mort, du serpent, se saisira ; Mort, de l'herbe au venin trompeur.
Mort ? certes, mais d'Assur partout, partout va naître le cinname.        25

Or de la Geste des héros et des fiers exploits de Ton père
Au temps où Te peut la lecture enseigner ce que c'est qu'un homme,
Tout de velours de proche en proche épi blond se fera la plaine ;
Au fauve roncier se viendra, vermeille, suspendre la grappe ;
Au plus dur chêne en perles d'aube, une sudation de miel.                    30

Jean-Pierre Chausserie-Laprée, Édition Orphée/La Différence, 1993.

La terre, seule, enfant, te versera ses dons :
Et le lierre qui court, et le riche baccar,
Et l'acanthe rieuse aux colocases prise.                            20
Les pis gonflés de lait, revient, seule, la chèvre;
Des grands lions aucun troupeau n'a plus de peur;
Ta couche seule, enfant, fera de douces fleurs;
Meurt le serpent et meurt le fruit qui trompe et tue;
Et va naître partout l'amome assyrien.                                25
Mais dès que la valeur pourra t'être connue
(Lisant les grands héros et les exploits d'un père),
D'heure en heure un blé souple ira blondir la plaine,
La grappe d'or va pendre en des ronces sauvages
Et sur le chêne dur viendra l'onde du miel.                        30

retour