CATULLE, Carmina, LXIV, vv. 384-408.

Car c'est souvent que les dieux visitaient les chastes demeures
Des héros, se montrant au milieu de la foule des hommes,                 385
En ces siècles où la piété n'était pas chose morte.
C'est souvent que le père des dieux, de retour dans son temple
Etincelant, quand l'année ramenait les fêtes sacrales,
Pouvait y voir cent taureaux crouler pour lui être agréables.
C'est souvent que Bacchus errant au sommet du Parnasse                390
Y conduisait au cri d'évohé les Thyades hirsutes.
Lorsque tout Delphes, à qui mieux mieux, se ruait dans la plaine
Pour accueillir dans la joie les divins sur des autels qui fument.
Et c'est souvent que dans les combats à mort des batailles
Mars ou la reine du vif Triton ou la Rhamnusienne                            395
Apparaissaient, donnant du courage aux troupes mortelles.
Mais depuis que la terre s'abreuve du mal sacrilège,
Que, possédés de passion, les humains ont chassé la justice,
Que les frères se sont maculés du sang de leurs frères,
Que le fils a cessé de pleurer la mort de son père                                400
Et que le père a rêvé pour son fils d'une mort qui le laisse
Jouir autant qu'il le veut de la fleur d'une vierge-marâtre,
Et que la mère impie s'est glissée nuitamment dans la couche
De son fils, sans craindre, l'impie, de souiller ses Pénates,
-Le sacrilège est mêlé au sacré par la folie méchante -,                        405
Tout cela détourne de nous les dieux équitables.
C'est pour cela qu'ils ne daignent plus se montrer dans les temples
Et que jamais ils ne laissent la foule toucher leur lumière.

Traduction par André Markowicz, éd. L’Age d’Homme, 1985.

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