CATULLE, Carmina, LXIV, vv. 384-408.
Car, dans ces temps reculés où la piété était encore
en honneur, les dieux ne dédaignaient pas de visiter les chastes demeures
des mortels, et de se mêler à leurs réunions. Souvent, lorsque l'année ramenait
la pompe des fêtes sacrées, le roi des dieux lui-même venait visiter son
temple resplendissant ,et contempler cent chars roulant dans la carrière
(a). Souvent, des sommets du Parnasse, Bacchus descendit chassant devant
lui la troupe délirante des Thyades échevelées; tandis que Delphes tout entière,
se précipitant hors de ses murailles, accueillait le dieu avec des transports
de joie, et faisait fumer l'encens sur ses autels. Souvent, au milieu des
sanglantes mêlées, Mars, la belliqueuse Pallas et la vierge de Rhamnuse animaient
par leur présence les bataillons armés. Mais, quand une fois le crime eut
souillé la terre; quand la cupidité eut banni la justice de tous les coeurs
; quand le frère eut trempé sa main dans le sang de son frère ; quand le
fils eut cessé de pleurer le trépas des auteurs de ses jours ; quand le père
eut désiré la mort de son premier-né, pour être libre de cueillir la fleur
d'une jeune épouse ; quand une mère impie, abusant de l'ignorance de son
fils, eut, en provoquant des caresses incestueuses, outragé les dieux pénates
; quand, confondant le sacré et le profane, le coupable délire des mortels
eut soulevé contre nous la juste colère des dieux ; dès lors ils ne daignèrent
plus descendre parmi nous, et se dérobèrent pour toujours à nos profanes
regards.
(a) Héguin de Guerle traduit procurrere currus au lieu de procumbere tauros.
Traduction par Charles Héguin de Guerle, revue par A. Valatour (Collection Panckoucke), 1860.