CATULLE, Carmina, LXIV, vv. 384-408.
Autrefois les Dieux honoraient de leur présence les maisons chastes,
et ils se trouvaient d’ordinaire parmi les assemblées des Mortels, quand
leur piété n’était point corrompue. Souvent aux jours de Fêtes, le Père des
Dieux revisitant les sacrifices annuels qui se faisaient dans son Temple
lumineux, regardait cent chariots qui couraient dans la plaine (a). Souvent
les Bacchantes, avec leurs cheveux épars, étaient poussées des sommets du
Parnasse par la Divinité vagabonde qui les possédait, quand ceux de Delphes,
se pressant à sortir de leur ville, recevaient joyeusement le Dieu, en faisant
fumer ses Autels. Mars se trouvait souvent dans les mêlées, et parmi les
guerres sanglantes ; et souvent la Maîtresse du rapide Triton (1), ou la
Vierge Rhamnusie exhortait en personne les troupes guerrières, pour se mêler
aux combats. Mais depuis que la terre se fut souillée de l’horreur des crimes,
tous les hommes intéressés chassèrent la justice. Les frères rougirent leurs
mains du sang de leurs frères ; le fils cessa de pleurer en la mort de ses
parents ; le Père souhaita de voir les funérailles de son fils aîné, pour
jouir en liberté de la fleur d’une belle-mère qu’il avait dessein de lui
donner. Une mère impie se soumettant à son propre fils qui ne la connaissait
pas, fut encore assez impie pour ne craindre point de souiller de ses crimes
les Dieux domestiques. Enfin toutes choses bonnes et mauvaises, permises
par une damnable fureur, détournèrent de nous la bonne volonté des Dieux
qui justifient nos actions. C’est pourquoi, ils dédaignent maintenant de
se trouver en de telles assemblées, et se cachent de nous par la splendeur
qui les environne.
(a) Marolles traduit procurrere currus au lieu de procumbere tauros.
Notes :
(1) Il entend Pallas, Déesse de la guerre
surnommée Tritonienne d’un marais qui est en Afrique, appelé Triton, où les
anciens disaient que cette Déesse était née au rapport de Pomponius Méla.
Toutefois Diodore témoigne qu’elle naquit en Crète de Jupiter son père, auprès
des sources d’un fleuve appelé Triton, d’où vient qu’elle fut surnommée Tritonienne.
(2) Autrement Némésis, Déesse contraire à la superbe
: elle fut appelée Rhamnusie, à cause de Rhamnunte petite ville de l’Attique
où elle avait une statue faite de la main d’Agoractitus de Pare, et de son
disciple Phidias, selon le témoignage de Pline et de Strabon qui ajoute que
plusieurs tenaient qu’elle avait été faite par Diopite. Voyez le liv. 36
chap. 5. Cette Némésis fut aussi honorée à Cizycène dans un Temple magnifique
que le Prince Adraste lui avait bâti. C’est pourquoi et le pays et la Déesse
furent appelés Adrastie, selon Strabon au 12. liv. Au reste, Némésis n’a
point de nom latin, quoique plusieurs pensent qu’elle soit la même que la
fortune. Car la puissance et la Divinité de Némésis et de la fortune ne sont
qu’une même chose. Nous la pouvons aussi prendre pour la Justice, comme fait
Hésiode, et Catulle qui en cela semble l’avoir suivi en cet endroit.
Traduction par Michel de Marolles, abbé de Villeloin, 1653.