BOECE (480-524), Consolation de la Philosophie, Livre II, poésie V.
Jacques Bereau
1565
ODE VII
Prise du latin de Boèce.
A René Guyot, Archidiacre et Official de Luçon.
Heureux était, quand bien j'y pense,
L'âge premier qui ne suivait
Les délices et ne vivait
D'une superflue dépense.
Lors, ô saison heureuse et sainte, 5
L'homme, Guyot, se contentait
Du bien que le champ apportait
De sa nature, et sans contrainte.
L'homme paissait de gland sauvage
Sa faim, et de miel doucereux, 10
Du pain et du vin savoureux
N'ayant encor appris l'usage.
De laine pure et naturelle
Sa robe porter il soulait ,
Et au pourpre ne la mêlait 15
Pour la cuider rendre plus belle.
Sans crainte de mal ni d'encombre,
D'herbe et de fleurs son lit faisait,
Et ennuyé se reposait
Dessous les verts arbres à l'ombre. 20
L'eau était son boire ordinaire,
Et ayant soif pour l'étancher,
Il s'en allait à dent coucher
Au bord d'une fontaine claire.
A la merci des ondes fières, 25
Soumis ne se faisait porter,
Pour de richesse s'augmenter,
Jusques aux rives étrangères.
De guerre et des armes sanglantes
Il n'était alors mention, 30
Et n'était point l'invention
Trouvée des trompes sonnantes.
Car pourquoi eût-on fait la guerre
Vu le danger qui n'en est vain,
Et qu'on n'en pouvait aucun gain 35
Sinon la mort à l'heure acquerre ?
O plût à Dieu, auquel abonde
Tout infini pouvoir, qu'encor
Ce vieux siècle qui fut tout d'or
Retournât maintenant au monde. 40
Mais quoi ? Ardents sur la richesse,
Les hommes du temps présent sont
D'un feu plus chaud qu'il n'est au mont
Qui brûle en Sicile sans cesse.
Maudit celui qui premier entre 45
Tous les humains la terre ouvrit,
Et qui les trésors découvrit
Qu'elle cachait dedans son ventre.
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