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QUESTIONNAIRE DE CONSULTATION
DES ENSEIGNANTS
SUR LES PROGRAMMES D’ENSEIGNEMENT AU LYCEE
Discipline ou enseignement : LANGUES
ANCIENNES (LATIN GREC ANCIEN)
Niveau et série concernés : 2nde 1ères S, ES,
L Terminales S, ES, L.
Contribution du G.E.L.A.H.N.
(Groupe d’Enseignants de Langues Anciennes de Haute-Normandie)
Association affiliée à la C.N.A.R.E.L.A.
Principes généraux :
Il nous paraît nécessaire d’envisager toute réflexion sur
les programmes et les épreuves du baccalauréat à partir de la
situation actuelle de l’enseignement des langues anciennes en
lycée :
- des niveaux très divers à l’entrée
en seconde,
- des matières facultatives pour une très grande majorité
des élèves,
- des horaires dissuasifs et parfois incomplets,
- des classes comprenant des élèves issus de niveaux différents
(dans certains établissements, réunion des hellénistes de 1ère
et de terminale par exemple),
- une mise en concurrence de nos disciplines avec d’autres, plus
gratifiantes au baccalauréat et nécessitant souvent un investissement
moins important,
- et plus généralement un discours ambiant peu encourageant, voire
hostile.
Dans ces conditions, il ne faut pas que les nouveaux programmes
débouchent sur un enseignement réservé aux élèves de la série
L, ni sur un enseignement d’élite ouvert dans quelques lycées
« prestigieux », ni sur un enseignement qui gommerait
la spécificité linguistique de notre discipline, réduisant nos
cours à l’état d’annexe de ceux de français, d’histoire ou d’E.C.J.S. .
Les objectifs retenus doivent rester modestes et garantir au professeur
une liberté de choix qui lui permette de s’adapter à ses élèves :
ils ont fait l’effort méritoire de poursuivre l’étude du grec
ou du latin en lycée. De la même façon, les épreuves envisagées
doivent demeurer accessibles et « payantes », à moins
de vouloir la disparition pure et simple des langues anciennes
dans l’enseignement secondaire.
Nouveaux programmes :
GREC ANCIEN :
En 2nde, l’objet d’étude 3.1 Vie démocratique
et lieux d’Athènes nous semble peu explicite au vu du « vivier »
de textes proposé. Quant au 3.2 Tragédie grecque et intertextualité :
Electre, il paraît difficile à envisager et, qui plus est,
trop étroit. Le mélange d’élèves grands commençants avec d’autres
ayant un an de grec derrière eux interdit une approche sérieuse
des Tragiques. Ne faudrait-il pas mieux réserver l’étude d’une
tragédie à la classe de première (ou de terminale). Pourquoi de
plus se limiter au mythe d’Electre ? D’autres figures (Antigone,
Médée, Œdipe, Iphigénie) pourraient donner lieu à une découverte
des enjeux de l’intertextualité. Il faudrait par contre aborder
dès la classe de 2nde et poursuivre en 1ère
l’étude d’extraits largement annotés de l’Odyssée d’Homère.
Les propositions avancées lors des journées inter-académiques
de Douai pour le programme de terminale nous semblent raisonnables,
même si l’opposition d’Eschine et de Démosthène peut être jugée
un peu trop limitée. Ne pourrait-on pas imaginer à la place le
maintien de l’étude d’une œuvre complète choisie chaque année
au niveau national, œuvre qui pourrait servir de support à l’épreuve
écrite du baccalauréat ?
LATIN :
On peut reprocher au programme proposé son caractère limitatif :
pourquoi s’attacher à l’étude approfondie d’un auteur ne varietur
par niveau (Cicéron en 2nde , Tite-Live en 1ère,
Virgile en terminale) ?
En 2nde, il est dommage de
voir figurer en 3.1 Eloquence judiciaire et politique :
un grand orateur, Cicéron les exordes et péroraisons
des Catilinaires, alors que le programme de 3ème
propose déjà d’étudier ces discours, ce qui réduit d’autant le
« vivier » de Seconde et risque de lasser les élèves.
Dans le même ordre d’idées, le thème du « portrait de héros »
en 3.3 paraît redoubler, sur le genre du portrait, ce qui
a pu être vu en 3ème de Catilina ou de César.
L’entrée 3.2 Comédie, satire et épigramme au vu
du « vivier » de textes retenus (notamment extraits
de Pétrone et d’Apulée) nous paraît mêler les notions de genre
et de registre. Ne faudrait-il pas envisager le 3.3 Histoire
et épopée qu’après une étude de chacun des deux genres considérés ?
Comme pour les programmes de grec, il nous semble important de
conserver pour la terminale l’étude d’une œuvre sur le modèle
actuel pour servir de support à l’épreuve écrite du baccalauréat.
Plus généralement, nous aimerions voir reconnaître explicitement
une place pour les auteurs latins du Moyen-Age et surtout néo-latins
de la Renaissance et du XVIIe siècle qui ont grandement contribué
à la constitution de l’idée européenne. Il nous semblerait envisageable
par exemple de traduire des extraits de la Correspondance de Pétrarque,
des Colloques d’Erasme, des Poemata de Du Bellay
ou des Facéties du Pogge. Ces œuvres ont eu un retentissement
considérable en Europe, et souvent elles ne manquent pas d’humour.
Il faudrait aussi encourager plus précisément la comparaison de
traductions, celles des siècles passés et des tentatives plus
proches de nous. Ainsi on pourrait mettre en parallèle les traductions
du chant IV de l’Enéide par Du Bellay, Du Perron, Delille,
mais aussi Klossowski ou Chausserie-Laprée, lire les Bucoliques
rendues par Marot, Valéry, Giono, les poèmes de Catulle par Jude
Stéphan ou André Markowicz. Les élèves comprendraient mieux les
véritables enjeux d’une traduction, établiraient des distinctions
entre traduction mot à mot, traduction dite universitaire, paraphrase
poétique, adaptation… Ils pourraient même exercer un jugement
de goût étayé sur une étude comparative d’extraits brefs, mais
significatifs.
Modalités d’évaluation :
L’épreuve écrite réservée aux élèves de la série L demeure
problématique. Conformément aux propositions supra, on
pourrait continuer à s’appuyer sur l’œuvre étudiée et la compléter
comme maintenant par une version d’un petit extrait largement
annoté pris chez le même auteur.
Pour l’oral et compte-tenu des principes généraux affichés plus
haut, il nous semble indispensable de maintenir une épreuve à
partir d’une liste de textes étudiés dans l’année. Il serait même
judicieux de réduire le volume minimum des textes exigé. Ne pourrait-on
pas proposer un minimum de quatorze textes de vingt-cinq lignes
environ (soit 5 ou 6 extraits significatifs de l’œuvre au programme
accompagnés de deux groupements de textes composés suivant les
entrées proposées), nombre qui nous rapprocherait des exigences
retenues pour les épreuves orales de langue vivante ? Même
si cette disposition pousse sans doute à un certain « bachotage »,
il ne nous semble pas dangereux, rassure les élèves et leur permet
d’espérer un gain de points significatif à l’examen. Des exercices
de traduction improvisée ne seraient pas raisonnables et feraient
fuir les candidats. Les épreuves privilégiant le commentaire (par
exemple questionnaire sur un passage et sa traduction) négligeraient
trop la dimension proprement linguistique de notre discipline.
Surtout nous tenons à faire part de notre extrême inquiétude devant
les rumeurs persistantes d’anticipation des épreuves de langues
anciennes au baccalauréat à la fin de la 1ère pour
les séries S et ES. Outre l’indéniable perte que cela représenterait
pour les élèves concernés, cette mesure déstabiliserait gravement
l’enseignement des langues anciennes en lycée et pourrait marquer
à terme la fin des sections en terminale : le nombre d’élèves
latinistes et hellénistes de la série L restant trop souvent insuffisant
pour permettre l’ouverture d’une division. Elle introduirait une
inégalité supplémentaire entre les établissements importants et
les petits lycées, notamment ceux des zones rurales, qui ne pourraient
prendre les moyens nécessaires sur leur dotation horaire globalisée
pour une poignée d’élèves. Nous demandons donc instamment l’abandon
définitif d’une telle mesure.
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